L’enfant perdue – Elena Ferrante

Résumé

Elena et Lina ont la trentaine passée. Elena vogue entre sa vie de famille, son amant, ses filles et son travail d’écrivain. Lina de son côté mène d’une poigne de fer son entreprise d’informatique, sa famille et son quartier qu’elle n’a pas quitté. L’enfant perdue est le quatrième tome d’une saga qui débute dans un Naples des années 1940, pauvre et ravagé par la crise économique. Deux fillettes, Elena et Lina vont se démarquer par leur intelligence et leur soif de travail et vont se soutenir, parfois de façon étrange, tout le long de leur vie afin de sortir de leur condition.

Ce que j’en pense

C’est tout d’abord grâce à cette belle communauté de blogueurs littéraires et bookstagrammeurs que je me suis lancée dans la lecture de ces quatre tomes ! Plus les articles apparaissaient sur là toile moins j’avais envie de lire cette saga, mais j’ai fait confiance aux personnes que je suivais et je peux vous affirmer que parmi la centaine de livres lu en 2018, c’est de loin ma meilleure lecture !

Une saga familiale

Dans ce roman on retrouve une approche très théâtralisée de la saga familiale. Le quartier de Naples où vivent Elena et Lina étant la scène de la représentation et les différentes familles, les acteurs. Bien que l’on suive principalement les aventures et les mésaventures des deux fillettes, les liens familiaux sont primordiaux tout le long de la diégèse malgré un rejet de plus en plus croissant de ces liens par l’un des personnages. Les liens familiaux vont, d’une certaine façon, régir les comportements des personnages. Je pense notamment au personnage d’Elena qui va considérer sa mère comme étant le modèle à ne pas suivre et qui va tout faire pour s’éloigner de cette femme aussi bien intellectuellement que physiquement. Comme dans toute bonne saga familiale qui se respecte, on retrouve sous le même toit plusieurs générations qui chacune à son tour essaye d’imposer leur façon de vivre aux autres. On remarque également que les interactions entre ces différentes familles ne sont pas de tout repos, des alliances se créent et des complots fourmillent dans tout le quartier. Nos deux personnages principaux se retrouvent au milieu de leur propres problèmes familiaux et des problèmes du quartier (quartier qui est ici considéré comme la seconde famille de chaque habitant malgré les conflits). Cette saga retrace donc à la fois la vie de famille de tout un quartier et de manière plus individuelle la volition de nos deux personnages de s’émanciper de cette vie familiale.

L’histoire d’une amitié

Une saga familiale, oui! Mais c’est avant tout l’histoire d’une amitié inconditionnelle entre deux fillettes qui ont en apparence absolument rien en commun mis à part leur lieu de vie. Une amitié qui débute dans le tome 1 par un jeu de poupées qui finissent perdues dans la cave d’un mafieux du quartier. La peur de cet homme va sceller une amitié qui durera tout une vie. Malgré un éloignement géographique et social les deux jeunes femmes resteront liées et ce lien est matérialisé par le quartier de leur enfance. On dit que tous les chemins mènent à Rome, mais dans ce cas précis, tous les chemins mènent à Naples. L’auteure ne nous offre pas une histoire d’amitié naïve et idyllique…Bien au contraire, le lien entre les deux jeunes femmes s’étire, se rompt, reprend son cours tout le long de la saga mais il ne cesse jamais réellement d’exister. Et c’est cela même qui fait la richesse de ce roman, les liens sociaux sont décrits d’une manière extrêmement réaliste.

Un classique en devenir ?

C’est une saga écrite à la première personne du singulier et ce sont avant tout les méandres de la vie d’Elena Greco que nous suivons. La façon dont l’auteur prend la parole à travers son personnage nous laisse à penser qu’il s’agit partiellement d’un roman autobiographique (du moins c’est un peu ce que la légende en dit. L’auteure étant très discrète, le mystère n’est toujours pas levé).

Le style de l’auteure est très fluide mais cela ne l’empêche pas pour autant d’utiliser un langage étudié, chaque mot est à sa place. Et les descriptions sont telles qu’il nous est impossible d’avoir un doute sur le message et les impressions que l’auteure veut nous faire passer.

Lorsque je parle de classique en devenir, je pense surtout à la façon dont Hannah Arendt définit l’objet culturel comme étant « un objet unique et intemporel ». Lorsque l’on traite d’intemporalité en littérature, on songe notamment aux différentes adaptations d’une oeuvre à travers différents média à différentes époques de l’histoire. Cette intemporalité commence à grandir en ce qui concerne la saga, son adaptation par HBO prochainement en est la preuve. Sa traduction et de fait, son exportation vers différentes cultures et contextes politiques montre également que son caractère unique donne lieu à une certaine vision du monde et de la ville-monde. Les différents thèmes abordés comme l’amitié, l’amour, la mort, la politique, et le féminisme en font une saga riche et complète et je ne serai pas étonnée de voir des passages ou carrément un de ces tomes étudié à l’école à l’instar d’un Balzac ou un Zola.

C’est grâce à cette saga que j’ai découvert la littérature italienne et j’ai été fortement surprise par sa qualité. J’ai d’ailleurs commencé à lire d’autres auteurs italiens et dans le même genre je vous conseille vivement Looping d’Alexia Stresi. Je ne compte pas m’arrêter là en ce qui concerne Elena Ferrante, Poupée volée se trouve déjà sur ma table de chevet! J’ai conseillé (limite harcelé) une bonne partie de mes amis afin qu’ils lisent cette saga et aucun n’a été déçu, et vous?

Judith

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