Les jours de mon abandon – Elena Ferrante

Toujours sur la même lancée : terminer l’oeuvre d’Elena Ferrante, je me suis essayée à sa seconde publication. Les jours de mon abandon, publié aux éditions Gallimard, dans la collection « Du monde entier » en 2004.

De quoi ça parle? Du jour au lendemain, le mari d’Olga lui annonce qu’il la quitte, elle, et ses deux enfants. Sans lui donner d’explications sur son départ soudain, il part sans laisser d’adresse. Olga va devoir faire le deuil de son mariage tout en luttant pour maintenir sa famille à flot.

Elena Ferrante et/est la femme bafouée

Quelle décision injuste, unilatérale. Souffler sur le passé comme sur un insecte horrible qui s’est posé sur sa main. Mon passé, et non seulement le sien, avait abouti à ce désastre. Je lui demandai, je le suppliai de m’aider à comprendre si ce temps-là avait au moins eu une certaine densité, et à partir de quel moment il avait pris cette allure de dissolution, et, bref, s’il avait été véritablement un gaspillage d’heures, de mois, d’années, ou si, au contraire, une signification secrète le rédimait, en faisait une expérience susceptible de donner de nouveaux fruits. Il m’était nécessaire, urgent de le savoir, concluais-je. C’est seulement en le sachant que je pourrais me ressaisir et survivre, fût-ce sans lui. En revanche, ainsi, dans la confusion de cette vie au hasard, j’étais en train de dépérir, j’étais sur le point de me dessécher, j’étais sèche comme un coquillage vide abandonnée l’été sur une plage. (p. 37).

C’est une image très intime de la femme bafouée que nous offre Elena Ferrante. Olga est un personnage très bien travaillé auquel on s’attache et que l’on rejette également tout au long du roman.

Tout comme Olga, le lecteur se laisse aller à la torpeur dans laquelle elle est plongée quotidiennement. L’auteure nous entraîne dans ses pensées les plus intimes et c’est là toute la beauté du texte. Une vague de violence nous submerge et nous emporte au loin dans les tréfonds de l’inconscient d’Olga.

La folie latente qui rôde au-dessus d’Olga telle une épée de Damoclès prête à l’abattre, s’insinue peu à peu au fil du texte et cela crée un vraie tension. On s’attend toujours à plus et surtout au pire.

Le passé devient un point d’encrage auquel le personnage principal s’accroche avec force pour ne pas sombrer. Un passé qui se situe à Naples, tout comme la majorité des œuvres de l’auteure. Un autre temps, un autre événement, une autre femme bafouée, c’est ce souvenir-là qui permet à Olga de faire naître la flamme de lucidité qui l’aide à faire face à sa situation.

Le texte fonctionne par paires. On retrouve Olga qui essaye de faire face et Olga qui sombre peu à peu dans la folie. Son mari Mario et son voisin Carano, la pauvrette bafouée de son passé et Olga elle-même, son fils et sa fille. Cela fonctionne comme un miroir, le double nous renvoie un reflet déformé, celui de la folie.

-J’ai eu une réaction excessive qui a défoncé la surface des choses.

-Et puis?

-Je suis tombée.

-Où t’es-tu retrouvée?

-Nulle part. Il n’y avait nulle profondeur, il n’y avait aucun précipice. Il n’y avait rien.

(p. 226)

 

Une fois de plus,  la plume d’Elena Ferrante se fait extrêmement réaliste, elle n’a pas son pareil pour se glisser dans l’esprit des femmes et dans celui de ses lecteurs.

Judith

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