L’enfant unique – Xinran

Je continue ma lancée en ce qui concerne la lecture de l’oeuvre de Xinran. Je vais faire une petite pause après cette lecture de L’enfant unique paru aux éditions Philippe Picquier en 2016 pour pouvoir me consacrer à d’autres thèmes.


Résumé de l’éditeur 

 » Ce sont eux, les enfants uniques, dont le nombre dépasse les cent millions, qui détermineront l’avenir de la Chine. »

Adulés, couverts d’amour et de biens matériels, couvés par des parents soucieux de protéger leur seule descendance, les enfants uniques n’ont jamais appris à partager, s’entraider, ni même à se débrouiller seuls. Quels adultes sont-ils devenus aujourd’hui ? Comment vivent-ils ce point commun générationnel ? Quelle influence auront-ils sur la société chinoise de demain ?

À travers les portraits émouvants de ces jeunes adultes à qui personne n’a appris à gérer les contraintes du quotidien, ce livre dresse le tableau édifiant d’une génération entière de « petits soleils » déchus, et des conséquences directes que la politique de l’enfant unique a sur l’avenir de la Chine et sa manière d’interagir avec le reste du monde.


Ce n’est pas un coup de cœur, je suis assez mitigée car je m’attendais à quelque chose de bien différent et surtout à un contenu bien moins subjectif. La politique de l’enfant unique en Chine a fait grand bruit dans le monde entier dès sa mise en place dans les années 1980. Néanmoins, ce qu’en a retenu le grand public ce sont toutes les conséquences néfastes inhérentes à cette politique. Les avortements de masse, la chute du nombre de filles et les nombreux abandons de ces dernières notamment. Le titre initial du roman est le suivant Buy me the sky, le traducteur pour la version française a ingénieusement choisi L’enfant unique, on met en avant cette notion et par extrapolation tout ce qui pourrait s’y référer et c’est ce que je pensais trouver dans ce roman.

Contrairement à l’idée que je me faisais, Xinran décide de partir dans plusieurs directions. On découvre dans un premier temps les différentes raisons qui l’ont menée vers le thème de l’enfant unique. C’est ce que j’appellerai : la première étape vers la subjectivité. Son fils unique Panpan fait partie de cette génération d’enfants qui sont nés entre les années 1980 et 1990.Il lui semblait important de comprendre son fils et surtout de comprendre par quelles épreuves il était et/ou devrait passer. Je pense néanmoins que le cas de Panpan diffère quelque peu des autres dossiers qu’elle met en lumière. Son fils fait, sans aucun doute, partie de cette génération d’enfants uniques, cela dit, il a vécu en Chine jusqu’à l’âge de cinq ans, puis a suivi sa mère au Royaume-Uni où il a pu suivre une éducation « à l’occidentale ». De fait, les craintes – légitimes- qu’elle pourrait avoir le concernant gagneraient à être plus modérées.

Le besoin qu’éprouve une mère à soulager son enfant lors des étapes importantes de sa vie n’a pas été l’unique facteur qui a déclenché les recherches pour ce roman.

L’affaire Jiao Jiaxin qui s’est passée en 2011 et qui a divisé les chinois en deux camps est également un des vecteurs des interrogations de Xinran sur « l’enfant unique ». Jiao Jiaxin, étudiant en musique, a renversé une femme. Lorsqu’il s’est aperçu qu’elle mémorisait le numéro de sa plaque d’immatriculation, son réflexe fut de la poignarder à plusieurs reprises à mort. En s’enfuyant, il a également renversé deux autres personnes. Quelques jours plus tard, il s’est rendu aux autorités. Après son procès il a été jugé coupable et condamné à mort. Xinran explique que la dureté de la sanction a révolté une partie de l’opinion publique. Elle essaye donc de faire un parallèle entre le climat social dans lequel est né Jiao Jiaxin -c’est à dire la réforme de l’enfant unique- et la cruauté de ses actes.

Ce qui devient intéressant, c’est que l’auteure demande à chacun de ses interlocuteurs que nous retrouvons au fil des pages ce qu’ils pensent de cette dramatique affaire et si selon eux, le fait d’être un enfant unique a été un facteur décisif de ces crimes. À chaque fin de chapitre nous retrouvons une réponse différente à cette question.

Bien que l’auteure ne répond pas directement à la question qu’elle pose aux personnes qu’elle a rencontré, on arrive peu à peu à discerner son avis sur le sujet. Consciemment ou non, on remarque que Xinran n’a pas une opinion très tranchée au début du roman. Mais après plusieurs rencontres avec ces enfants uniques qui sont au moment de la narration de jeunes adultes, elle commence sporadiquement à nous montrer de quel côté de l’opinion elle se situe.

Nous avons donc un récit subjectif et même un peu trop à mon goût. Vous me direz : Judith, mais quelle véhémence ! L’auteure présente son travail de recherche comme n’importe quel autre tâche, telle une thèse ou un article qui se baserait avant tout sur des faits (ici, les différentes histoires des personnes qu’elle rencontre), des points historiques (très présents lors de la narration et également en index à la fin du roman). Il n’y a pas à dire, tout cela fonctionne bien et c’est assez complet pour qu’un lecteur non-chinois puisse s’y retrouver facilement. Néanmoins, je trouve que c’est ce martèlement constant de ses opinions qui décrédibilise un peu tout son travail de recherche de plusieurs années.

Parlons à présent du contenu et de la structure du roman… Comme souvent avec cette auteure, lorsqu’il s’agit de témoignages elle consacre un chapitre par témoignage. Elle commence généralement par introduire les événements qui l’ont poussée à faire la rencontre du témoin, puis, elle passe au témoignage. Cela peut paraître redondant mais c’est comme ça que Xinran travaille et cela fonctionne. Après chaque chapitre, nous ressortons toujours un peu plus lettrés et cultivés. La plume de l’auteure est toujours aussi fluide et agréable à lire. Les témoignages qu’elle a choisi de partager sont poignants. Au cours de notre lecture, on commence à comprendre ces jeunes gens qui ont eu une enfance (dans une cage dorée ou non) loin du tumulte des fratries, dans un espace aseptisé et ultra sécuritaire. D’ailleurs, ce qui ressort assez souvent de cette enfance un peu trop choyée, c’est le manque de liberté. Lors de leur arrivée dans d’autres pays après avoir passé leurs diplômes universitaires, on observe que certains ont grande hâte de prendre leur envol et de se détacher de leur famille. D’autres en revanche, découvrent seulement la vie telle qu’elle est vraiment et éprouvent de réelles difficultés à vivre en-dehors du cocon familiale.

Xinran, je ne sais comment vous dire ça, mais ces derniers jours, l’adoration que je vouais à mon père a été réduite à néant. Avant, je le prenais pour une sorte de dieu, un grand économiste, un entrepreneur hautement respecté, un des hommes d’affaires les plus éminents de Chine. Mais dans la société occidentale cultivée, il paraît tellement inculte. Au restaurant, il aspire bruyamment sa nourriture, et quand il fume une cigarette, il montre ses dents toutes tachées de jaune. Il hurle de rire en pleine rue, sans jamais s’inquiéter de ce que les gens peuvent en penser.

Du Zhuang – page 73.

Pendant notre lecture, on passe par tout un tas de vives émotions. Le plus souvent c’est l’ébahissement le plus complet. Pour nous, occidentaux (enfants uniques ou non), il est compliqué de lire l’histoire d’un jeune chinois de 23 ans qui ne sait pas pendre sa veste sur un cintre ou encore couper des légumes en dés. Cela peut paraître drôle au début mais on se rend compte que ce n’est pas de la mauvaise volonté. L’éducation qu’ils ont reçu en est la cause pour la plupart d’entre-eux.

Xinran nous parle des enfants uniques mais également de leurs parents. J’ai trouvé ça assez intéressant de mettre l’histoire de ces jeunes en parallèle avec celle de leurs parents. En ayant le point de vue de leurs parents, nos frustrations en tant que lecteur étranger à la culture chinoise disparaissent peu à peu. Quelque soit l’éducation apportée à ces enfants, ce qui revient constamment c’est l’amour. L’amour qu’ils portent à leur unique progéniture et qui est très rarement rendu de la manière dont ils l’auraient souhaité.

Qu’une fille, qui est partie des chez elle depuis tant d’années, ne pense pas à prendre des nouvelles de ses parents, cela ne vous semble pas une preuve de froideur ? Nous ne sommes pas des paysans incultes, nous ne l’avons jamais opprimée parce qu’elle était une fille. Nous ne lui avons pas seulement donné la vie, nous lui avons toujours procuré l’existence et l’éducation qu’elle désirait. Mais aujourd’hui, on dirait qu’elle s’est débarrassée de nous sans un regard en arrière !

Aile – page 142

Pour finir, Xinran évoque énormément l’association qu’elle a crée en 2004 : The Mother’s Bridge of Love (MBL). Cette association a pour but de faciliter l’adoption d’enfants chinois et de promouvoir la culture chinoise. C’est un mouvement qui a le mérite d’exister, mais le martèlement constant du nom de ce dernier au cours de notre lecture nous gâche quelque peu notre enthousiasme.

Je ne regrette pas cette lecture qui m’a grandement apportée en termes de connaissances, de culture et d’Histoire. La plume de Xinran est toujours très sure et c’est avec intérêt que l’on peut suivre l’évolution de la Chine au fil de son œuvre. Cela étant, ce n’est pas mon roman préféré de Xinran. Ma prochaine lecture du même auteure sera Parlez-moi d’amour, je vous en parle très prochainement !

Pourquoi les Occidentaux connaissent-ils si peu de choses sur la Chine ?

Brillante – page 244

Judith

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