Bouteflika, l’histoire secrète – Farid Alilat

Aujourd’hui je vous retrouve pour parler Histoire et politique à travers le très bon travail de Farid Alilat  qui a publié Bouteflika, l’histoire secrète aux éditions du Rocher en 2020. Je remercie chaleureusement les éditions du Rocher ainsi que Babelio qui m’ont permis de découvrir un aspect de l’Histoire que je connaissais peu grâce à l’opération Masse Critique.


 Résumé de l’éditeur

Arrivé en fanfare en 1999, Bouteflika est chassé du pouvoir après vingt ans de règne. Présenté comme le sauveur d’une Algérie meurtrie par la guerre civile qui a fait près de 100 000 morts, il est contraint d’abdiquer à l’issue d’une révolution pacifique qui a traîné chaque vendredi des millions d’Algériens dans les rues. L’armée, qui a fait appel à lui vingt ans plus tôt, lui donne le coup de grâce en le sommant de démissionner le soir du 2 avril 2019. Il voulait mourir président, avoir des funérailles nationales et entrer dans la postérité, il finit dans sa résidence de Zéralda, seul avec sa sœur Zhor qui l’a toujours veillé, mais sans son frère cadet Said, jeté en prison en mai 2019 pour complot contre l’armée et l’Etat.

De son enfance au Maroc jusqu’à sa chute brutale, la vie de Bouteflika est un roman à rebondissements. Ancien combattant, ministre, exilé, président, il aura tout connu du système politique algérien.

Fruit d’une longue enquête menée entre Alger, Oujda, Paris et Genève, nourri des confidences de ministres de Bouteflika, de ses proches et amis, mais aussi de diplomates et d’anciens officiers supérieurs de l’armée et des services secrets, ce livre raconte les étapes d’une vie guidée par deux obsessions : conquérir le pouvoir et le garder à tout prix.


 

J’étais ravie de recevoir cet ouvrage car l’Histoire est ce que j’apprécie le plus en littérature et aussi parce que l’Histoire de l’Algérie est un sujet que je maîtrise très peu. Lorsque l’on se plonge dans une oeuvre qui retrace les débuts d’un homme politique méprisé par tous ou presque, ce qu’on peut redouter le plus ce sont les excuses que certains auteurs trouvent pour cautionner les actes reprochés à cet homme politique. Bien heureusement, avec Farid Alilat, nous sommes bien loin du pathos et d’une succession de prétextes qui auraient pu excuser les actes de Bouteflika.

Le travail de Farid Alilat est remarquable, c’est avec justesse qu’il nous livre les premiers pas de Bouteflika en politique. Les faits, les dates, les révolutions se succèdent et c’est ce rythme saccadé qui peut paraître décousu dans un premier temps qui nous donne envie de continuer notre lecture et de lire cette oeuvre d’une seule traite.

La première moitié du livre traite des origines de Bouteflika, sa naissance au Maroc, la condition sociale de son père qui était vu comme un mouchard, sa relation avec sa mère et ses amis d’enfance. Tout cela est traité parallèlement aux problèmes socio-politiques de l’Algérie et des pays du Magreb d’une manière plus générale. C’est la guerre pour l’indépendance de l’Algérie qui va propulser Bouteflika, futur bachelier, dans la révolution et qui va le hisser à des postes plus importants au sein du gouvernement algérien. Cette première partie nous en apprend beaucoup sur l’Histoire et les relations internationales de l’époque (des années 1960 à nos jours). Bouteflika est décrit comme un arriviste, fêtard et surtout comme un personnage égoïste qui épouse une cause uniquement s’il trouve un quelconque intérêt pour sa propre personne. À une époque où l’Algérie se remet de plus de 100 ans de colonisation et de conflits internes, Bouteflika profite de la fragilité du gouvernement, de son bagou pour se faire désigner Ministre des Affaires étrangères. C’est avec consternation que l’on comprend vite que ce jeune ministre n’est autre qu’un profiteur qui dilapide l’argent du gouvernement et des contribuables pour faire la fête dans les capitales européennes. Il n’a de ministre que le titre et le comportement d’un adolescent qui veut profiter de la vie.

L’image que l’on peut se faire de Bouteflika au cours de notre lecture ne s’améliore pas, il en ressort majoritairement qu’il aime le pouvoir mais qu’il n’a aucun attrait pour le travail et que l’échec n’est jamais dû qu’à sa désinvolture et à son manque de rigueur. Il manipule les hommes politiques, est proche des différents présidents qui se succèdent et place ses billes au fil des années pour atteindre son but ultime : la présidence. La seconde moitié de cet ouvrage traite de l’exil de Bouteflika en Suisse et en France et de son retour en Algérie suivit de son ascension au poste de président.

Quand Bouteflika parle, il est intarissable. Il convoque le passé pour dessiner l’avenir, ou pour mieux souligner la faillite de ses prédécesseurs. Sa parole, il la diffuse aux quatre coins de ce pays qu’il n’a pourtant pas connu durant les vingt dernières années qu’il a passées à effectuer sa « traversée du désert ». Comme si cet homme avait du théâtre toute sa vie, il sait mieux que quiconque capter l’attention des foules. Il les cajole puis les rudoie, les flatte pour ensuite les mépriser et les dénigrer, les blâmer, avant de réclamer leur indulgence pour les larmes et le sang qu’il leur réserve s’il est élu président.

Ce n’est clairement pas un portrait élogieux que dresse Farid Alilat, mais lorsque l’on termine notre lecture on se demande bien comment l’auteur aurait pu faire passer Bouteflika pour un homme politique de talent et sauveur de l’Algérie. C’est un ouvrage très bien écrit, et je crois que l’auteur a pris conscience que ses futurs lecteurs ne seraient pas tous forcément de grands connaisseurs de l’Histoire algérienne. Beaucoup de noms, de familles, de monarques se succèdent au fil des pages mais Farid Alilat fait l’effort de nous rappeler les liens entre les différentes personnes nommées, ainsi que les différentes périodes auxquelles nous avons déjà rencontré ces personnes lors de notre lecture. Ce procédé rend notre lecture d’autant plus facile et cela nous permet de garder en tête certains noms et les différents événements qui ont profondément marqué l’Algérie et son peuple.

C’est un ouvrage de qualité que je recommande vivement pour ceux qui voudraient connaître une partie de l’Histoire de l’Algérie et d’une manière plus générale une partie de l’Histoire mondiale à travers les différentes révolutions et changements qu’ont subi les pays du Magreb.

Pour aller plus loin, je vous mets là une interview de Farid Alilat sur son livre, Bouteflika, l’histoire secrète.

 

Bonne lecture !

Judith


boutefTitre : Bouteflika, l’histoire secrète

Auteur : Farid Alilat

Maison d’édition : Editions du Rocher

Nombre de pages : 394 pages

Prix : 22,90 €

ISBN : 97822-681031-81

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