La geôle des innocents – Ensaf Haidar.

Hello ! Je suis ravie de vous retrouver après une absence plutôt longue. Pour ceux qui nous suivent sur Instagram, vous avez pu voir la raison de mon absence : je pouponne depuis début mai 😉 Aujourd’hui, je vais vous parler du livre La geôle des innocents, premier roman de la militante pour les droits de l’homme Ensaf Haidar. Il a paru ce 12 mai aux éditions L’Archipel, que je remercie comme toujours pour l’envoi.

Résumé de l’éditeur :

Rachwan et Râm, deux travailleurs étrangers, sont venus chercher fortune en Arabie saoudite. Ils apprennent vite, à leurs dépens, ce qu’il en coûte d’enfreindre les règles du Royaume. Dénoncé et jugé sans appel, Rachwan est incarcéré dans le terrible centre pénitentiaire de Briman, à Djeddah, pour liaison illégitime avec la belle Siham – détenue quant à elle dans la prison des femmes. Quant à Râm, après s’être enfui de la distillerie d’arak clandestine qui l’employait, il échoue également à Briman. Tous deux vont faire l’apprentissage de la détention dans toute sa rigueur. Un univers dont les maîtres mots sont la violence, le sexe et la drogue. Mais où les fantasmes ouvrent un espace de liberté et d’exploration de soi parfois déconcertant. Début de la déchéance ? Ou promesse de rédemption ? La geôle que décrit Ensaf Haidar semble la métaphore d’une société enfermée dans ses paradoxes et dans sa folie, brûlée par ses espoirs inassouvis.

Mon avis :

 On ne va pas y aller par quatre chemins, j’ai un avis plutôt mitigé sur ce roman pour plusieurs raisons.

Déjà, j’ai trouvé que la caractérisation des personnages était très faible et peu crédible. Par conséquent on n‘arrive pas à s’attacher ou à éprouver de l’empathie pour le personnage principal, Rachwan. Il y a aussi un gros problème avec les dialogues qui sonnent faux. Difficile de savoir si c’est un souci de traduction ou si déjà à la base ils sont écrits de cette manière en VO (ce qui me semble tout de même le plus probable). Ces deux points négatifs font que j’ai eu du mal à m’immerger dans l’histoire, j’ai vraiment ressenti cette impression de fausseté tout le long de ma lecture, ce qui était dérangeant.

Ensuite, dans ce roman on suit plusieurs personnages mais je n’ai pas réellement compris pourquoi. Alors certes cela permet d’explorer différents parcours de vie de personnes qui ont atterri en prison pour bien peu. Mais cela semble décousu (malgré le fil conducteur que l’on retrouve dans le personnage de Siham) car la taille et l’importance des récits n’est pas du tout équilibrée. En effet nous avons principalement l’histoire de Rachwan, qui reste le personnage principal, mais nous avons aussi une partie qui nous raconte l’histoire de Râm. Sauf qu’ensuite sa présence dans le roman reste anecdotique. D’autant plus qu’il y a visiblement une énorme ellipse entre le moment des évènements qui envoient Râm en prison et le moment où l’on le retrouve en prison, sans que son parcours pour devenir ce personnage soit réellement expliqué (c’est très bref).

L’autrice aurait dû trancher plutôt que de faire un entre-deux : soit s’attarder seulement sur un seul personnage, soit réellement développer le vécut et l’histoire de plusieurs d’entre eux, dans des proportions plus équilibrées.

Enfin j’ai aussi été gênée par la façon dont est abordé le sexe dans ce roman. Déjà il faut savoir que ce thème a une très grande place dans ce roman, les personnages semblent un peu obsédés par le cul. On a l’impression que la liberté ici passe surtout par la liberté sexuelle. Bien évidemment cela met l’accent sur l’ambivalence d’une société en façade aux mœurs étriquées, mais qui en cachette est bien plus délurée qu’on ne pourrait le croire. Sauf que ça paraît trop, je ne pense pas que toutes les personnes éprises de liberté en Arabie Saoudite vont dans des soirées libertines, font des plans à plusieurs et sont tous bisexuels. Je caricature un peu, mais c’est l’image que renvoi ce roman, et ça sonne faux pour moi.

De plus, j’ai été très gênée de la façon dont sont abordés les viols. C’est vraiment pris à la légère : on confie qu’on a été violé comme on raconte le nom de son animal d’enfance, on accepte le chantage sexuel en prison pour obtenir des faveurs de façon totalement banalisée et anodine, car limite il faut y voir le bon côté, on peut y prendre du plaisir… Ça m’a laissé sans voix !

Et il y aurait aussi pleins de choses à dire sur le personnage de Siham, qui de base est une femme libérée, mais forcément ça tourne à l’excès. On sent un jugement péjoratif : la femme qui a une vie sexuelle jouissive n’a vraiment aucun tabou, aucune « morale » : elle a de multiples relations en même temps, couche avec des inconnus, utilise le sexe pour marchander, n’a pas de soucis de coucher pour avoir de l’argent, elle est forcément bisexuelle. Et forcément c’est une menteuse qui manipule les hommes. Bref une femme fatale, avec une vision quelque peu misogyne. Plus ça avance dans le récit, plus on sent un jugement péjoratif poindre sur ce personnage. J’aurai aimé plus de nuances, il y avait tellement de choses à faire avec ce thème et ce personnage féminin, mais malheureusement on tombe dans la caricature.

Malgré ces défauts, c’est un roman qui se lit facilement et plutôt vite. Mais on ne va pas se mentir, je n’ai pas trop aimé ce livre. Il n’était pas fait pour moi. Et je ne m’attendais pas à ce contenu en me basant sur le résumé de l’éditeur. Je pensais que l’accent serait plutôt mis sur les histoires des différents personnages, sur les injustices, et les horreurs de la prison, sur le non-respect des droits de l’homme, de la liberté d’expression. Mais au final l’accent est surtout mis sur des affaires de cul. Je ne dis pas que c’est un mal, c’est juste que ce n’est pas du tout ce que j’attendais de ce roman.

A très vite pour une nouvelle chronique,

Mélissa

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