Les Ombres du Jardin de Claire Duplessis raconte les secrets enfouis de trois générations de femmes dans une bastide provençale. Publié chez Albin Michel en septembre 2025, ce premier roman de 352 pages mêle intrigue familiale, écriture sensorielle et réflexion sur la transmission. Un texte maîtrisé qui dépasse largement le niveau attendu d’un coup d’essai.
Une polyphonie narrative qui reconstitue le puzzle
Duplessis construit son roman en chapitres alternés entre trois voix féminines. Élise, la petite-fille rebelle partie à Paris. Cécile, la mère effacée, prisonnière de l’ombre de Mathilde. Et Mathilde elle-même, dont la voix ressurgit à travers un journal intime retrouvé dans le grenier.
Cette structure à 3 niveaux temporels fonctionne comme un engrenage. Chaque chapitre ajoute une pièce au puzzle familial. Le lecteur reconstitue l’histoire de Mathilde, jeune femme étouffée par un mariage arrangé dans les années 1960, qui trouvait refuge dans le jardin de la bastide.
Élise incarne la génération qui refuse les non-dits. Son retour provoque une confrontation avec sa mère et une quête identitaire. La justesse psychologique de ces tensions familiales fait la force du roman. Si ce type de profondeur t’attire, nos classiques à relire en 2026 explorent des thèmes similaires avec Flaubert et Camus.
Une écriture qui active les cinq sens
Ce qui frappe dès les premières pages : la qualité sensorielle de la prose. Tu sens les effluves de thym et de romarin. Tu entends les cigales. Tu ressens la chaleur de juillet sur les pierres.
« Le jardin avait cette odeur de terre chaude et de sève qui montait des oliviers. Mathilde fermait les yeux, laissant le soleil lui brûler les paupières. Ici, elle était libre. »
Les descriptions du jardin ne sont jamais décoratives — elles reflètent les états d’âme des personnages. Quand Élise trouve le journal de sa grand-mère, c’est sous le figuier centenaire, là où Mathilde avait vécu ses premiers émois. Le jardin fonctionne comme un palimpseste chargé de 60 ans de mémoire.
Des secrets traités sans mélodrame
Le roman explore la filiation et les mensonges familiaux avec finesse. Qui est réellement Mathilde ? Quel secret a-t-elle emporté ? Duplessis évite chaque piège du mélodrame. Les révélations arrivent progressivement, avec pudeur.
Pas de twist spectaculaire ici. La complexité des émotions prime sur l’effet de surprise. Les personnages ne sont ni victimes ni coupables — juste humains, avec leurs failles et leurs contradictions.
Le personnage de Cécile, longtemps en retrait, prend la parole au dernier tiers du roman. Son rapport à Mathilde — mélange d’amour et de ressentiment construit sur 40 ans — serre la gorge. C’est la relation la plus aboutie du livre.
Un rythme contemplatif qui impose le respect
Ce roman ne se dévore pas en une nuit. Chaque chapitre demande 15 à 20 minutes de lecture attentive — idéal pour une session dans un coin lecture bien aménagé. Duplessis prend le temps de poser ses personnages, de construire une atmosphère, de laisser les silences respirer entre les lignes.
Résultat ? Tu refermes le livre avec la sensation d’avoir passé un été entier dans cette bastide provençale. D’avoir partagé les silences et les confidences de ces trois femmes.
C’est un roman sur la mémoire, la transmission et la difficulté d’être soi dans une famille où les non-dits étouffent. Claire Duplessis signe un premier roman mature et sensible — une voix à suivre. Un titre parfait à proposer dans un club de lecture : les interprétations divergentes sont garanties.
Les Ombres du Jardin — Claire Duplessis, Albin Michel, septembre 2025, 352 pages, 22 €