Le Prieuré de l’Oranger – Samantha Shannon

J’ai fini par craquer et je me suis lancée dans la lecture du Prieuré de l’Oranger de Samantha Shannon publié aux éditions De Saxus. Tout le monde en parle depuis des mois sur les réseaux sociaux et comme toujours je termine ma lecture après la vague de contentements et de mécontentements.


Résumé de l’éditeur

La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…

Ead Duryan est une marginale à la cour, Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.

De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.

Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.


Nous sommes très vite immergés dans ce nouvel univers de fantasy que Samantha Shannon a crée, la plume de l’auteure est assez fluide pour un roman du genre ce qui nous donne une rapide compréhension des enjeux politiques et géographiques. C’est certes un livre qui peut inquiéter de par son épaisseur et les nombreuses critiques contradictoires, mais j’ai comme l’impression que tout le monde peut y trouver son compte d’une manière ou d’une autre.

La fluidité de l’écriture est un gros point positif pour ce roman, on avance rapidement dans notre lecture et peu à peu le lecteur est capable de mettre bout à bout les pièces du puzzle. Le Prieuré de l’Oranger fait partie de ces romans de fantasy qui ne nous laissent pas sur une note amère, lorsque l’on termine la dernière page c’est avec satisfaction que l’on peut reconnaître que la boucle est bouclée.

Comme dans beaucoup de romans du genre, le lecteur est baladé entre plusieurs intrigues primaires ou secondaires de manière alternée ce qui lui permet de se laisser mener au fil des pages vers d’autres horizons et surtout de nouveaux personnages qui peuvent inspirer autant l’admiration que le dégoût. Les personnages sont d’ailleurs assez bien travaillés, bien que certains traits psychologiques auraient pu être plus poussés ou encore mieux amenés dans l’intrigue.

Samantha Shannon a choisi de mettre en avant des personnages principaux presque tous féminins, que cela soit la reine d’Inys dont les partisans espèrent qu’elle mettra au monde une fille pour prendre sa suite ;  Les mages du Prieuré qui sont uniquement des femmes et dont le rôle de l’homme au sein de la communauté se cantonne à la reproduction ou aux autres tâches de la maison ; et enfin, Tané qui veut absolument faire partie des dragonniers et qui surpasse de loin les hommes en compétition avec elle. L’auteure bouscule ici tous les codes du genre, exit la reine qui doit impérativement donner un héritier mâle au royaume et qui ne sert qu’à procréer ou qui peut éventuellement être un otage de valeur pour éviter des guerres. On ne parle plus de royaume mais de reinaume et c’est cette femme qui va devoir prendre les bonnes décisions pour mettre son peuple à l’abri. On parle de mages et non plus de sorcières pour désigner cette communauté de femmes vivant au Prieuré. Le terme de mage est le plus souvent appliqué aux personnages masculins en fantasy et beaucoup plus apprécié en terme de légitimité alors que celui de la sorcière reste assez déprécié et nous renvoi l’image de femmes errantes, qui manipulent les esprits grâce aux plantes et autres remèdes. Ici, ce sont les femmes qui vont décider de leur destin, bien que certains ne se gênent pas pour leur mettre des bâtons dans les roues, ce sont encore elles qui vont se battre et tenter de mettre fin au règne des créatures draconiques. Il ne faut pas les oublier, les personnages masculins principaux sont également présents, mais au lieu de se battre pour une femme ils vont enfin se battre pour la cause que cette dernière défend. On voit là, un nouveau modèle en littérature qui se dessine, on sort du carcan habituel et ce n’est pas désagréable.

En dehors de cette position de la femme très intéressante dans ce roman, on retrouve également l’influence de l’ouverture de la littérature aux questions LGBT (bien que l’intrigue ne tourne pas du tout autour des histoires d’amour) et il s’intéresse aussi à la question de l’immigration et donc du rejet de l’étranger et la religion.

Concernant l’intrigue d’une manière générale, j’ai beaucoup apprécié les va-et-vient entre les différentes parties de l’univers crée par l’auteure. Chaque état a ses propres croyances, sa propre culture et ses propres démons à chasser. Au fil de notre lecture, on vient à s’intéresser à la vie de chaque personnage qu’il soit principal ou secondaire. Samantha Shannon arrive à nous captiver très facilement et l’on se prend d’affection pour chacun d’entre-eux, même ceux dont les positions sont loin d’être humanistes. La création de deux races de dragons différentes (les dragons de feu et les dragons d’eau) est plus qu’intéressante et nous permet de découvrir ce bestiaire sous différentes formes (on pense notamment aux créatures hybrides que l’on trouve dans le roman). Ces créatures, bien qu’importantes dans l’intrigue prennent bien moins de place par exemple que les dragons de Robin Hobb dans sa saga La Cité des Anciens et j’aurais voulu en savoir plus sur eux, mais on ne peut pas tout avoir !

L’auteure nous mène habilement au cœur de la cour d’Inys, sur la route du Prieuré et dans les eaux profondes de l’Abysse. C’est un roman novateur, qui casse les codes du genre et qui donne une certaine fraîcheur à la fantasy d’aujourd’hui.

Bonne lecture à tous !

Judith


PRIEURETitre : Le Prieuré de l’Oranger

Auteur : Samantha Shannon

Maison d’édition : De Saxus

Nombre de pages : 985 pages

Prix : 29,90 €

ISBN : 978-2-37876-039-7

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